Claude NICOLET

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MRC 4Cette motion est présentée par mes camarades Hugo Prod'homme, Michel Sorin, Jean-Pierre Lettron.

LE CONTEXTE

a) De la reconstruction à aujourd'hui

En France, la période de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale se fit sous l'égide du programme du Conseil National de la Résistance (CNR). Ce programme était un réel pacte social écrit par des Français, patriotes, qui résistaient à l'oppression nazie. Le programme comportait notamment de nombreuses nationalisations. La croissance de l'activité permit à la France de retrouver le plein-emploi (après le marasme des années 1930), de faire progresser le pouvoir d'achat et de réduire les inégalités. L'existence du bloc socialiste facilita aussi les concessions faites à la social-démocratie.

Après les crises pétrolières des années 1970, la baisse structurelle du secteur industriel s'accompagna d'une hausse de celui des services, ce qui fit croire à beaucoup qu'il ne s'agissait que d'un remplacement. Ceux-là ont envisagé une société « post-industrielle », de la « connaissance ». En réalité, la baisse du secteur industriel s'est surtout accompagnée d'un chômage de masse. Le secteur des services a développé la paupérisation des employés : leurs salaires se sont rapprochés de plus en plus souvent du minimum obligatoire.

La société française, au lieu de s'homogénéiser au sein d'une seule classe moyenne, s'est en fait polarisée. Les classes populaires sont fortement touchées par le chômage, n'ont plus accès qu'à des emplois précaires et peu rémunérés. Les classes moyennes craignent que leurs enfants et leurs petits-enfants subissent un déclassement social aujourd'hui accentué. Cette insécurité économique et sociale a fait le lit, depuis plusieurs années, du repli identitaire nationaliste et de son pendant communautariste, avec pour conséquence la fracturation violente de la société. Ces classes populaires et moyennes sont divisées par des élites politiques, médiatiques et économiques qui profitent du marasme économique pour exacerber les différences entre les populations et les dresser les unes contre les autres. Les citoyens ne sont plus émancipés, solidaires, mais réduits à leur condition sociale, à leur communauté, à leur confession. L'idée de les réunir autour d'un projet commun s'est perdue, tandis que se banalisent la haine, l'envie, la stigmatisation et la discrimination.

Au lieu de chercher des solutions concrètes et de longue durée aux problèmes et difficultés des citoyens dans leur vie quotidienne, le système politique s'est davantage préoccupé de lui-même, dans un souci carriériste de ses membres : l'abstention et la démotivation citoyenne sont les conséquences de cette dérive.

b) Les marchés financiers

Le manque d'argent n'est pas à l'origine des difficultés économiques et de la longue dépression. Les chiffres le montrent : les dividendes versés aux actionnaires se maintiennent à un haut niveau alors que les investissements baissent.

Plutôt que d'avoir peur des marchés financiers, il faut créer les conditions du développement de l'économie française. Le capitalisme financier néolibéral est à l'origine des divisions et des frustrations qui traversent la société. Il a réussi à provoquer le morcellement politique et syndical afin d'empêcher que se forme une alternative à la politique de soumission à ses intérêts. Notre réponse doit être de reconstruire, à la fois, la défense des salariés en tant que citoyens au travail, et la défense des entreprises contre leur spoliation par des actionnaires n'ayant aucun souci de l'intérêt général et de l'importance de l'économie réelle dans la vie d'un pays.

c) Rien n'est inéluctable

Rien n'est inéluctable. Les 10 et 11 janvier 2015, à la suite des attentats contre Charlie Hebdo et contre l'« Hyper Cacher », des millions de Françaises et de Français se sont rassemblés pour défendre la liberté d'expression et la laïcité. Les citoyens ont montré que le sentiment d'unité nationale et la Fraternité n'avaient pas déserté la France. Face à la violence, à la haine, nous avons répondu par la solidarité et la dignité. Cette émotion ne doit pas s'arrêter là. Une réflexion, doit être engagée avec les citoyens sur nos valeurs, la République et la démocratie. Retrouver l'esprit des agoras, redonner la parole au peuple est incontournable pour faire renaître un véritable mouvement de citoyens et est la condition sine qua non pour éviter que notre pays s'enlise dans l'impasse post-démocratique.

d) Un débat politique confisqué

Le débat politique est largement confisqué par des appareils politiques tournant à vide. Les postures symboliques et médiatiques ont remplacé les projets de société et l'éducation populaire. Les élections sont le théâtre d'alliances à la carte, sans aucune ligne directrice, ni fond programmatique. Alors que l'abstention atteint des scores jamais connus auparavant, les partis se disant « anti-système » récoltent des millions de suffrages. Les partis politiques dominants accentuent la fracture en se méfiant du peuple : volonté d'enlever aux collectivités élues au suffrage direct des compétences en matière d'action publique pour les confier à des établissements publics ou à des rassemblements d'établissements publics; pouvoirs de plus en plus transférés à des institutions supra-nationales anti-démocratiques.

Symbole de ce mépris du peuple : en 2008 les parlementaires ont approuvé un projet de traité européen, largement rejeté par référendum, brisant ainsi le principe même de la République. La fracture est confortée par les classes dirigeantes, qui asservissent les élus et tirent parti de l'étouffement de la démocratie.
Il revient au MRC, et plus largement aux républicains, d'agir pour redonner la parole et le pouvoir aux citoyens. Une politique de véritable transformation sociale ne peut être appliquée qu'avec un soutien populaire. Nous devons regarder avec attention les expériences en Amérique du Sud, la constitution des coalitions de progrès comme en Grèce et, peut-être, en Espagne prochainement.

LE MRC : QUEL BILAN ?

N'oublions pas les concepts que nous avions forgés dans les années 1970 : le mouvement d'en bas à relier au mouvement d'en haut, l'autogestion de l'entreprise. Depuis 1992, le MDC, devenu MRC, porte l’ambition de relever la France avec la gauche. Depuis plus de 20 ans, les principes, le programme et les orientations que défend le « chevènementisme » ont apporté la preuve de leur pertinence : dénonciation, dès 1983, du tournant libéral du Parti socialiste ; mobilisation des nations européennes ; non au traité de Maastricht, à la guerre en Irak ; monnaie commune et non pas monnaie unique ; France puissance d’équilibre ; mesures efficaces contre l'insécurité et la délinquance ; refus du communautarisme ; sauvegarde des services publics ; citoyenneté et intégration ; politique migratoire sérieuse ; transmission des savoirs et autorité des maîtres... Quel parti politique peut se prévaloir d’un tel bilan au service de la République ?

En décembre 2012, le MRC tenait son congrès. François Hollande venait de mettre un terme à cinq ans de sarkozysme. Nous avions l'espoir que le président de la République prenne conscience du mur vers lequel les gouvernements de droite et de gauche nous entraînaient. François Hollande a refusé l'évidence. La construction européenne libérale et antidémocratique crée un carcan politique et économique, carcan dont aucun État ne peut s'émanciper.

La politique monétaire est sous la férule de la Banque Centrale Européenne. La politique budgétaire est désormais surveillée, encadrée. La France n'est plus souveraine. Elle est sous la tutelle d'une « ruche » de technocrates, qui n'a aucune conscience des conditions de vie des citoyens, et aucun respect de la souveraineté des peuples.

Au contraire de ses engagements, François Hollande ne fut pas le président du changement de cap européen. Aujourd'hui, loin de saisir la chance que constitue l'arrivée dans l'Union Européenne d'un gouvernement d'union nationale grec, critique du dogme libéral, le président français choisit de maintenir son alignement sur les positions allemandes. Son proche et ancien ministre des Finances, Pierre Moscovici a pris le rôle du gendarme libéral au sein d'une commission européenne, présidée par le promoteur de l'évasion fiscale européenne !

En 2012, nous appelions à une grande Convention nationale sur l'Europe, afin d'« entrer dans la bataille » des Européennes. L' « impasse » de l'abstention de 2004 et 2009 était « interdite ». Un an plus tard, notre Convention nationale appelait à des listes citoyennes. Pour proposer une réelle alternative à l'Union Européenne actuelle, il nous semblait que la seule solution était de revenir vers les citoyens. Et de citer, en clôture de notre convention, Louis Barthou : « La tour d'ivoire ne convient qu'aux poètes. Il est du devoir des autres hommes d'en descendre pour se mêler à l'action ». Mais en 2014, nous avons buté sur la présentation de listes citoyennes, à cause de l'ampleur du travail à mener pour déclencher un mouvement citoyen.

Nous nous sommes égarés dans des discussions et des logiques d'appareils. Nous devons tirer un bilan de cet épisode politique pour éviter sa répétition. C'est en se tournant vers les citoyens que le MRC pourra rassembler, bien au-delà des appareils politiques, combattre les menaces portées contre la République et faire vivre notre projet commun : Liberté, Égalité, Fraternité et Laïcité.

Trois députés MRC ont été élus, sous l'étiquette de la majorité présidentielle, suite à une entente politique avec le Parti Socialiste. Il ne s'agissait pas d'un blanc-seing au gouvernement, mais d'une liste de points d'accords et de désaccords « charpentant » nos relations au sein de la majorité présidentielle.

Ainsi, nos trois députés ont gardé leur liberté de vote. Nous pûmes aiguiller la majorité sur les questions européennes, l'École de la République; l'Unité et l'Universalité de la République, les questions énergétiques, la question sociale... Le travail acharné de nos quatre, puis trois, parlementaires permit à nos idées de vivre à l'Assemblée et au Sénat, et d'ouvrir le débat sur de nombreux sujets. Nous pouvons être fiers de leur action au quotidien pour faire vivre nos valeurs et nos analyses. Si certaines de nos positions ont pu être reprises par la majorité, les gouvernements de Jean-Marc Ayrault puis de Manuel Valls s'en sont le plus souvent éloignés.

Le vote du TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) fut le pêché originel. La loi Macron, fourre-tout des technocrates néo-libéraux de Bercy et de Bruxelles, le péché mortel.
C'est sur ce texte, fondé sur une analyse économique erronée et aboutissant à des décisions contraires aux intérêts des travailleurs, que la majorité de Manuel Valls a vacillé. Incapable de réunir une majorité de députés de gauche, François Hollande menaça d'abandonner la France au Front National en déclenchant des élections anticipées. Si ce « chantage » fut efficace, les députés ne censurant pas le gouvernement, il demeure un signe fort du repli idéologique du gouvernement et de sa soumission aux injonctions du « Triple B » : Bercy, Bruxelles, Berlin. La preuve a été donnée que le débat est vidé de son sens. L'idée de représentation nationale des citoyens par l'Assemblée Nationale est bafouée. L'Assemblée est trop souvent une chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs.

Depuis sa création en janvier 2003, le MRC s'est positionné sur une ligne politique républicaine de gauche, dans le sillage de Jean-Pierre Chevènement, en développant une stratégie d'influence auprès du Parti socialiste. Celle-ci a montré ses limites, qui se situent à l'Assemblée nationale. Le MRC doit en tirer les enseignements dans la perspective des prochaines échéances électorales nationales.

La stratégie d'influence, qui a son intérêt au sein des institutions démocratiques nationales, n'a de sens que si elle s'appuie sur les citoyens, afin d'établir un rapport de forces favorable au mouvement. C'est pourquoi l'action du MRC se doit d'être prioritairement recentrée sur la lutte contre la dépolitisation, et d'avoir comme feuille de route la constitution de comités citoyens, capables de porter à tous les niveaux politiques, une alternative à l'idéologie étouffante de nos élites politiques, économiques et médiatiques. Réactualisons, innovons, accueillons les idées nouvelles, mettons en avant la revalorisation du travail du salarié, producteur de richesse économique et sociale, dont la qualification doit être reconnue et protégée.

C'est le travail qui permet de produire la valeur économique correspondant au salaire, mais aussi la valeur sociale sous forme de cotisation. C'est ainsi que l'économie et le social sont étroitement liés. C'est le développement de l'économie qui conditionne la sauvegarde de la protection sociale.


UN SURSAUT CITOYEN : SUR QUELLE BASE ?

a) Une alternative républicaine

L'alternative républicaine et citoyenne ne pourra émerger qu'en constituant un rassemblement politique autour :
- du refus du libre échange généralisé qui est un échec en acceptant la confrontation avec les marchés financiers pour changer les règles du jeu,
- d'une alternative au capitalisme financier,
- de la souveraineté nationale et populaire, en récusant l'idéologie néolibérale et le lien que la construction européenne entretient dans l'opacité avec les grands groupes économiques et financiers. Il faut rediscuter les conditions dans lesquelles le traité de Lisbonne a été adopté après l'échec de la ratification du traité constitutionnel européen,
- du concept de nation citoyenne,
- d'un contrat social, inspiré par celui du Conseil National de la Résistance,
- du lien entre politique et économie productive à tous les niveaux institutionnels territoriaux.

En 2011, dans La France est-elle finie ?, Jean-Pierre Chevènement ne dressait qu'une seule perspective pour empêcher la France de « sortir de l'histoire » : qu'elle devienne une « nation libre et consciente d'elle-même », qui « continue son histoire, sans renoncer jamais à la maîtriser » et qui choisisse « d'être un modèle républicain pour les autres Nations, et l'âme d'une Europe résiliente ». C'est cette perspective que nous devons dessiner pour la France. Et nous devons la mettre en œuvre sur la base d'un sursaut citoyen.

b) La nation citoyenne

Cette citoyenneté fut définie par Jean-Pierre Chevènement, par exemple en 1993 dans « Le Temps des Citoyens » : « C'est, bien sûr, l'exigence d'une participation active et responsable aux décisions qui vous touchent au plus près. C'est aussi le sens de l'universel (…). Au cœur de la citoyenneté, je mets l'invention en commun de l'avenir : ce que j'ai appelé un nouveau modèle de développement, un pacte social renouvelé, une nouvelle ère républicaine, une Europe européenne ». C'est cette idée de la Nation citoyenne qui permettra de mettre à mal l'Europe post-démocratique. Sans une nouvelle ère républicaine, nous ne pourrons guère que remplacer des technocrates libéraux par d'autres qui le seront un peu moins. Mais au-delà de l'orientation politique et économique de l'Union Européenne, c'est son système institutionnel que nous voulons renverser.

c) Un vrai sursaut républicain

Ce sursaut citoyen ne doit pas être pour le MRC qu'une lettre d'intention. Nous devons, dès maintenant, aller à la rencontre des citoyens, du monde associatif, des forces économiques et sociales, pour en créer les conditions. Il faut non seulement écouter, mais donner la parole aux acteurs de la société civile. Inlassablement, nous devons purger les démons inculqués par les médias et la classe politique (FN en tête ; mais aussi conspirationnistes comme Dieudonné et consorts), afin de permettre un débat politique sérieux et argumenté en France.

Certains sont déjà mobilisés. Les collectifs contre le TAFTA, et les autres traités commerciaux, négociés dans l'ombre et sans débat démocratique, doivent être (ré)investis par le MRC. Il doit surtout profiter de l'anniversaire des 10 ans du référendum sur le TCE pour rappeler aux citoyens ce premier acte émancipateur de notre Nation envers la construction européenne libérale. Il doit également souligner que les citoyens furent muselés par la classe politique. La gauche républicaine ne doit pas laisser aux extrêmes l'exclusivité de la critique de l'Union Européenne.

d) S'appuyer fortement sur notre lucidité rétrospective et combattre le Front National

Le bilan du libéralisme de droite et de gauche est désastreux et laisse à découvert un vaste champ politique, dans lequel s’est engouffrée l’extrême droite. Les arguments pour la combattre, n’empêchent pas sa progression. Pourquoi ? Parmi les raisons, le fait que les partis politiques qui prétendent lutter contre le Front National ont perdu toute crédibilité, s’agissant de répondre aux défis de l’emploi et de la démocratie, et sont même pour certains gangrenés par ses idées extrémistes. L’extrême droite serait-elle, demain, en situation d’arriver au pouvoir notamment au sein d’une coalition ? Ce risque justifie que nous demeurions fidèles au principe d'un Front Républicain.

Les faits ont démontré que le projet républicain reste la clé de l’avenir et la meilleure réponse au défi de la mondialisation. Fort de sa lucidité rétrospective, le MRC est parmi les plus légitimes pour combattre les mensonges éhontés du Front National. Quelle crédibilité peut avoir ce parti xénophobe et raciste qui est passé du libéralisme le plus échevelé, au social-nationalisme le plus démagogique ? Le Front National est un pompier pyromane.

C’est aujourd’hui un parti populiste attrape-tout, surfant sur la misère sociale et portant la marque indélébile de son adhésion, de longue date, aux thèses ultra-libérales qui ont conduit à la catastrophe que nous vivons. Concernant l’économie, cette empreinte génétique reste évidente : dénonciation de l’assistanat, vive opposition aux syndicats et aux luttes sociales, politique fiscale libérale… Certains de nos concitoyens vont vers le Front National car ils ont vu leurs efforts et leurs espérances trahis par les dissimulations et les mensonges. Demain, il en serait de même avec un Front National parvenu au pouvoir, dont la gouvernance conduirait à l’effondrement économique et social de notre pays.

Depuis plus de 20 ans, contre vents et marées, malgré de dures attaques et critiques, en refusant les compromissions, le MRC a tracé et maintenu les repères de la République. Il revendique d’être un vrai défenseur des valeurs républicaines et de la lutte contre la mondialisation et l’Europe libérale. La colère dévoyée est mauvaise conseillère et fait le lit des idées xénophobes et d’exclusion menaçant la cohésion sociale. A ceux qui se lamentent et se désespèrent, le MRC pose une question simple : qui a eu raison ?

Les travailleurs, ayant rompu avec la gauche, peuvent donc se reconnaître dans le combat que mène le MRC pour un autre monde. Sur la base de notre positionnement fructueux et de notre projet constant, nous appelons les citoyens à placer le raisonnement et le jugement au-dessus des simplifications trompeuses. Faisons-les juges. Avec le MRC, menons une lutte déterminée contre le Front National et renvoyons ses idées dans leur nuit. Cela passe par une lutte idéologique et la résolution des problématiques laissées ouvertes depuis des décennies, qui paupérisent et « insécurisent » nos concitoyens.

Plutôt que de laisser le débat se décentrer autour de la peur de l'accession au pouvoir d'un parti populiste en France, il faut prendre les moyens politiques faisant régresser définitivement son audience nationale. L'implantation de ce parti est le symptôme de l'épuisement de partis politiques qui se sont dévoyés en mentant sur la réalité de leur politique européenne, contraire aux intérêts nationaux des peuples européens.

e) Des comités de citoyens actifs

Les comités citoyens locaux, encouragés par notre parti, ne devront pas être absents en 2017. L'élection présidentielle est l'élection « mère ». C'est le moment, en France, avec les référendums, où nous pouvons débattre, insuffler des idées nouvelles. Mais c'est une élection qui demande, pour tous ceux souhaitant y jouer un rôle, de nombreux efforts dans la durée. Aussi, nous devons faire en sorte de palier à toute éventualité. Le travail fait par nos députés ces dernières années, mais aussi celui reconnu de Jean-Pierre Chevènement depuis plus de 40 ans, doit être valorisé.

Et nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour le faire. La gauche ne débat guère que sur la réduction ou l'augmentation des dépenses publiques. Il est essentiel que la discussion soit fortement orientée sur la construction européenne, sur la contestation par les traités européens de notre souveraineté nationale, et sur le rôle de l'Etat-Nation, Ces questions doivent être analysées dans la perspective d'apporter des réponses au problème numéro un, celui de l'emploi.

QUELLE PLACE POUR LE MRC ?

1. La perspective de la présidentielle en 2017

Si la situation n'évolue pas, le parti socialiste ne pourrait gagner l'élection présidentielle en 2017 que s'il réunissait la gauche dès le premier tour et s'il était capable de rassembler son électorat autour d'un projet social et républicain de redressement de la France. Ce n'est pas la voie choisie par le Président de la République, qui a opté pour un gouvernement dont la ligne politique est minoritaire à gauche. Celle-ci consiste à satisfaire les volontés des forces libérales au sein des institutions européennes, ce qui va à l'encontre des attentes de l'électorat de gauche et des intérêts du peuple français.

La division des forces politiques de gauche, que l'on a constatée encore lors des élections départementales le 22 mars, s'explique par la nature de la politique économique menée par le gouvernement, qui refuse le principe même d'une confrontation au niveau européen.

2. Redéfinir notre ligne politique

Nous devons clarifier et actualiser notre message politique. Pour faire face à la démission de la majorité socialiste, mais aussi au pillage – purement rhétorique – de concepts pourtant nés à gauche par les forces les plus réactionnaires, notamment par le Front National qui récupère ainsi des électeurs de gauche en les trompant sur ses objectifs véritables. Le MRC porte, lui, véritablement et inlassablement, les valeurs de la gauche républicaine : nous devons nous réapproprier nos valeurs, et avoir le courage d’avancer.

a) Redonner à notre message sa clarté

Le MRC manque de visibilité : sa position au sein de la majorité et son alliance avec le Parti socialiste ont brouillé notre position sur l’échiquier politique. Les alliances avortées avec le Front de Gauche en 2009 ou Debout la République en 2014 n'ont fait qu'accentuer ce flou tactique. Pour retrouver une ligne politique claire, nous devons nous réaffirmer : nous sommes un parti d'avenir ambitieux.

Voici ce que nous proposons pour atteindre ces objectifs :

- prendre acte que la majorité présidentielle n'est plus représentative de l'accord PS-MRC de 2012. C'est la majorité socialiste qui nous a quittés ! La « reprise en main des acteurs de la finance », la « politique de croissance » de l'activité, la « justice fiscale », la « réindustrialisation », « une parité monétaire plus juste », sont autant de « clés de notre avenir » qui n'ont pas été respectées. L'accord a été sacrifié sur l'autel de la règle des 3 % et du néo-libéralisme imposés par la commission européenne. Rappelons que cet accord qualifiait d'« inacceptable » le pacte européen, signé par François Hollande après sa prise de fonction. Cette majorité nous a trahis.

Nous devons en prendre acte, publiquement et fortement, dès maintenant et refuser toute alliance avec des partis qui n'ont aucun regard critique sur le tournant libéral de 1983 et sur la construction d'institutions néolibérales et anti-démocratiques à l'échelle européenne. Nous devons dire clairement que le maintien de la France et de l'Union européenne dans un état de semi-apesanteur démocratique n'est plus acceptable. La France doit reconquérir la plénitude de sa souveraineté politique, ce qui impose la vigilance face à des délégations de souveraineté consenties par référendum ;

- vérifier si des convergences sont possibles avec des partis ou mouvements de la gauche de la gauche , avec ceux qui au parti socialiste savent que les engagements n'ont pas été tenus et que le prix à payer est lourd.;

- tant que le monde et l'Europe restent dominés par le libre-échangisme, affirmer que nous défendons un protectionnisme raisonné devant se construire prioritairement dans l'espace européen et qui ne saurait se confondre avec le protectionnisme isolationniste de l'extrême droite ;

- être les meilleurs défenseurs de la laïcité et de la République. Nous devons prendre en compte les leçons des attentats de janvier 2015 à Paris. Crise de la laïcité, crise de la République, crise de la démocratie. Relevons le défi. L'idéal laïque est un point d'appui essentiel. La laïcité est la croyance en la raison naturelle et en la capacité des citoyens à s'entendre sur une idée du bien commun dans un espace public soustrait à l'empire des dogmes. La crise de la démocratie est plus sensible encore dans une République laïque comme la nôtre. Le triomphe d’idéologies obscurantistes résulte de l’abandon ou de la méconnaissance de la laïcité. C’est cette idée d’un bien commun qu’il faut relever.

Un bien commun à tous les hommes et non à une partie des hommes, par exemple à l’Occident. Il faut rejeter l’occidentalisme et penser un avenir de progrès pour tous, y compris le monde arabo-musulman. La modernité du capital financier mondialisé suscite partout un immense rejet. C’est une autre modernité qu’il faut promouvoir. Il faut aussi expliquer la République et la laïcité, redonner sens au combat républicain – inséparable du combat pour la justice – en France et dans le monde. Ce qui unit doit être plus fort que ce qui divise ;

- faire le lien entre politique et économie productive à tous les niveaux institutionnels territoriaux. La République doit faire de l'emploi, notamment dans l'économie productive, de la qualification professionnelle, de la qualité de l'instruction et d'une formation initiale ambitieuse pour tous, l'objectif n° 1 ; relever en même temps l’École de la République et la République elle-même pour ouvrir les portes de l'avenir à la jeunesse ;

- réfléchir aux conséquences sociales du développement accéléré de l'économie numérique dans les secteurs des communications, de l'énergie et des transports. Ce peut être le moyen d'affaiblir le capitalisme financier et d'aller vers une économie plus citoyenne ;

- définir les grandes lignes de notre programme sous forme de slogans forts, les répéter, sont des éléments basiques pour retrouver une clarté politique. Chaque thématique politique ou économique doit trouver une accroche qui fait écho à une de nos propositions, afin que les citoyens puissent cerner le mieux possible qui nous sommes.

b) Autour du MRC, construire une dynamique de rassemblement

La reconquête de l’opinion publique ne doit pas être vue comme une démarche électorale, mais comme la diffusion de nos idées, de débats de fonds, d’implication dans la vie citoyenne locale, afin de permettre le rassemblement des Français autour de ce qui les unit, alors que les partis majoritaires concourent à leur division.

Le MRC doit :

- s’impliquer dans les collectifs anti-TAFTA. Ses élus locaux doivent porter le débat au sein des assemblées locales où ils siègent. Le vote de motions anti-TAFTA, bien que symbolique, peut être un bon moyen de diffuser l’alerte sur ce traité qui détruira notre modèle social et économique ;

- retrouver l’esprit des clubs de réflexions propre à la France, notamment lors de la Révolution de 1789. Cela passe par l’implication de politiques au sein d’associations locales, aussi bien citoyennes que culturelles, afin de nourrir débat, clé de voûte d'un renouveau politique en France ;

- encourager les fédérations à soutenir les initiatives locales, notamment celles qui visent le rassemblement des citoyens, par exemple la tenue de référendums locaux lorsque les élus bafouent les intérêts de leurs administrés. La mission historique du MRC est d'amorcer le rassemblement des citoyens pour construire une alternative sociale et républicaine à la politique libérale en vigueur depuis 1983. Le congrès 2015 doit être décisif sur ce point ;

- mobiliser autour du 10ème anniversaire du non au Traité constitutionnel. Le MRC pourrait soutenir l'idée – lancée par Le Monde Diplomatique – d'organiser des manifestions autour du 10ème anniversaire du refus du peuple français de ratifier le traité constitutionnel européen. Le non républicain et le non antilibéral pourraient se rapprocher afin de préparer ensemble un projet social et républicain, en rupture avec les politiques néolibérales. Le MRC doit discuter avec le plus grand nombre et faciliter le débat démocratique ;

- permettre aux fédérations de s'impliquer dans l'élaboration de listes citoyennes aux élections régionales. Cette démarche doit permettre de populariser nos positions auprès des citoyens et de créer des dynamiques autour des idées du MRC. Notre congrès donne mandat aux délégués régionaux pour explorer cette voie. Le Conseil National d'automne devra se réunir afin de débattre du compte rendu de ces démarches.

3. Réviser le fonctionnement du parti

Le fonctionnement interne de notre mouvement, au regard de nos ambitions nouvelles, demande à être revu. Il nous faut permettre aux militants de débattre de nos orientations, et aux nouveaux adhérents de mieux s'y intégrer. En dehors du Secrétariat national, le débat est quasiment inexistant. Notre communication doit être portée à un meilleur niveau, rendue plus claire et efficiente. Nous ne réussissons guère à informer les adhérents des initiatives des militants du parti et à porter nos idées fortes auprès des citoyens.

Voici quelques pistes afin de retrouver efficacité et clarté.

a) Restructurer le MRC

La restructuration interne du MRC passe par plusieurs points. Nous devons respecter nos statuts, en consacrant les Congrès et les Conventions nationales comme des instances ultimes de décision. Le Conseil national, parlement du parti, doit être plus mobilisé par la direction.

Nous proposons :

- de construire une véritable démocratie interne. Les fédérations et comités doivent tous être en mesure de prendre part au débat, à la discussion avec le Secrétariat National. L’élaboration d’une plateforme intranet nous permettrait de solliciter le plus souvent possible l’opinion des adhérents du MRC ;

- d'associer pleinement les comités locaux et nationaux du MRC à l’action du parti. Le « Citoyen Militant » doit relayer les actions des instances locales (comités, fédérations, unions régionales) et nationales (association des élus, comité jeunes, secteur monde du travail...), et les contributions des militants. Des rencontres régulières entre les représentants de ces instances et le Secrétariat national sont nécessaires à la vie de notre mouvement.

b) Repenser notre communication

Le MRC n'est pas suffisamment efficace en matière de communication. Nous restons largement inconnus du grand public. Nous n'évoquons pas suffisamment les actions concrètes que nous avons portées et fait avancer dans les exécutifs locaux ou au sein des différents gouvernements auxquels nous avons participé.

Aussi :
- notre communication globale doit se montrer plus dynamique. Pour défendre efficacement nos positions et les intérêts des citoyens, il faut mettre fin à la tempérance qui nous caractérise depuis trop longtemps et partir à la conquête des médias. Sans présence médiatique, nous n’existons pas dans l'opinion publique, et nous serons incapables, sur le long terme, de porter notre message au peuple. Les tours de passe-passe sémantiques n’ont aucun pied dans la réalité ;

- mettons en avant nos propositions et nos actions passées et présentes. Lorsque nous sommes invités à débattre dans un média, ou lors des interventions à l’Assemblée Nationale, revendiquons notre programme. Il faut mettre en exergue les actions des exécutifs locaux où le MRC est présent et celles de nos précédents ministres.

4. Fixer un calendrier pour l’horizon 2017

Notre dernière pleine campagne présidentielle remonte à 2002. Pour réitérer, obtenir les 500 signatures requises est difficile, que ce soit par manque de visibilité du MRC, ou que ce soit par lien avec nos alliances politiques.

Pour les présidentielles, le candidat investi ou soutenu devra d'abord avoir une vision de l'avenir, une capacité à fixer les repères, des compétences, ne pas être la femme ou l'homme d'un groupe fermé et bien évidemment disposer de talents d’orateur, de communicant et de charisme, capable de porter ce constat que le MRC, ayant toujours refusé les abandons, est un parti de l'avenir.

Voici quelques pistes que nous proposons pour surmonter ces obstacles :

- fixer un calendrier rigoureux. Nous ne pouvons envisager la campagne présidentielle à la légère. Non seulement cela nécessitera une organisation exigeante, mais aussi de préparer des événements, des coups médiatiques, afin de peser constamment lors des futurs débats ;

- investir ou soutenir un candidat qui « rafraîchisse » l’image du parti. C’est à travers l'excellente image de Jean-Pierre Chevènement que les gens connaissent le MRC, mais nos détracteurs nous reprochent souvent d’être un club de réflexion désuet.

Ce congrès clôt une longue période de 50 ans de vie politique active de Jean-Pierre Chevènement. Il va continuer à être présent mais différemment. Nul doute que ses analyses politiques seront toujours aussi appréciées. Mais il ne sera plus en première ligne. Il avait espéré que le Temps des Citoyens viendrait dans les années qui ont suivi la création du Mouvement des Citoyens, en 1993. Il a tout fait pour mettre la citoyenneté et la République en avant lors de la campagne de l'élection présidentielle de 2002. Ce n'était pas encore l'heure. Celle-ci est peut-être venue. C'est le moment de donner un coup de jeune à notre Mouvement et de le relancer ;

- rendre accessible notre programme. Notre lutte contre le communautarisme, notre position envers l’Union Européenne, nos propositions sur la sécurité, la justice, l’organisation territoriale, sont des éléments majeurs qui nécessitent un travail d'explicitation poursuivi dans la durée. Utiliser, dans notre communication, un langage à la fois précis, clair et accessible est une nécessité absolue pour partager avec tous nos concitoyens, sans exclusive, et convaincre.

Conclusion

Le MRC et la France sont à la croisée des chemins. Comme le disait Gramsci, « La crise consiste dans le fait que l'ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, et c'est dans ce clair-obscur que naissent les monstres ».

Revenons à Jean Jaurès, qui a su rassembler les socialistes au début du XXème siècle en s'appuyant sur la République. Ce serait un bon moyen de renforcer les fondations historiques du Mouvement au niveau des militants et de favoriser le rassemblement des citoyens autour d'un projet social républicain se substituant au social libéralisme qui est aux commandes de notre pays et qui a échoué.

L'idéologie libérale est consciemment organisée de façon autonome pour faire pression sur les pouvoirs et les gouvernements. Le MRC doit être un outil efficace permettant l'entrée en scène des citoyens dans le champ politique en tant qu'entité collective.

Nous devons être les militants du réel en politique, dans les domaines qui comptent : le travail et la formation dans le cadre d'une économie en harmonie avec la société, la démocratie nationale dans le cadre d'une Europe européenne, respectueuse des peuples qui la composent, le vivre ensemble dans le cadre républicain laïque.

Au moment où les libéraux conservateurs s'habillent en « Républicains » et les socialistes se comportent comme des démocrates à l'américaine, et que l'extrême droite populiste est en crise identitaire, nous devons être les « Citoyens », porteurs de la reconstruction du pays après l'avoir libéré de son emprise néolibérale et financière sur les rouages économiques.

Soyons à l'initiative du mouvement citoyen d'en bas qui va conduire au rassemblement de la gauche, celle qui aura rompu avec la logique du capitalisme financier.

Vive le parti des citoyens !

Premiers signataires (par ordre alphabétique)

- Yoann Alix (50)
- Gregory Auda (75) conseiller national
- Marc Badel (94) conseiller national
- Ariane Batma (68)
- Grégory Baudouin (71)
- Gérard Beillard (53)
- Marcel Boissac (82) conseiller national
- Pierre Bréfeil (31) conseiller national
- Mathilde Contat (26) conseillère nationale
- Adeline Crépin (91) secrétaire nationale
- Jacques Declosmenil (50)
- Vladimir Djordjevic (90) conseiller national
- Thibault Garnier (69)
- Aimée Gourdol (92) secrétaire nationale
- Clément Lacaille (21)
- Bérenger Lecomte (88)
- Jean-Pierre Lettron (92) conseiller national
- Serge Lezement (14) conseiller national
- Claude Maitrot (10) conseiller national
- Clément Martin (93)
- Eric Martin (75) ancien secrétaire national
- Serge Maupouet (17) conseiller national
- Ricardo Mella (17)
- Thomas Pascual (69)
- Hugo Prod'homme (59)
- Laurent Ravey (Français de l'étranger)
- Philippe Reto (61)
- Michel Sorin (53) conseiller national
- Antoine Teyssier (94)
- Eric Tollénaère (54)
- Fabrizio Tribuzio-Bugatti (68)
- Paul Zurkinden (68)