Claude NICOLET

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Je ne me suis pas déplacé, lundi 3 juillet 2017, à l'occasion du congrès réuni à Versailles sur convocation du Président de la République.
Je n'en voyez pas la raison, en dehors de la volonté de renforcer le caractère présidentiel du régime.

Faut-il rappeler que c'est le Gouvernement, donc le Premier ministre qui sont responsables devant l'Assemblée nationale?
Faut-il rappeler le texte de la Constitution, notamment dans son Titre III ? : "Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l'administration et de la force armée. Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50. Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l'exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l'article 13, il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires."
Le Premier ministre n'est donc en rien un collaborateur mais celui qui détermine et conduit la politique de la Nation et c'est donc devant sa représentation (l'Assemblée Nationale) qu'il doit rendre des comptes et non au Président de la République comme il l'a annoncé hier.

A cela s'ajoute cette étrange situation ou les parlementaires écoutent le chef de l'Etat; son intervention terminée, il s'en va ignorant les réponses des députés et sénateurs. Il y a là un fonctionnement au sein des Institutions qui porte en perspective un déséquilibre qui peut devenir préjudiciable au bon fonctionnement de la cinquième République. Les annonces, notamment sur la baisse du nombre de parlementaires (-30%), ne sont pas satisfaisantes. Donner plus de moyens aux parlementaires est une bonne chose mais il faut rappeler que l'initiative de l'ordre du jour de l'agenda parlementaire appartient au Gouvernement.

Le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral avaient enclenché un processus affaiblissant le Parlement. Celui-ci s'est poursuivi avec la loi interdisant le cumul des mandats de maire et de parlementaire, tout porte à craindre que l'Assemblée ne devienne qu'une chambre d'enregistrement. Je ne peux m'y résoudre.

Cette ambiguïté sera à nouveau présente ce mardi 4 juillet 2017 après-midi lors de la déclaration de politique générale du Premier Ministre.

Par ailleurs, je me suis à de nombreuses reprises exprimé pendant la campagne électorale. Il n'est pas question pour moi d'autoriser le Gouvernement à légiférer par ordonnances afin de réformer le code du travail ou encore la fiscalité.

Prenons un peu de hauteur. Ce n'est pas à la Cour des Comptes de faire la politique de la France. Il est un peu facile d'utiliser son travail pour justifier la poursuite des politiques d'austérité qui ont mis la précédente majorité dans les difficultés qui l'ont amenées à sa perte et aux bouleversements politiques que l'on connait aujourd'hui. Ces conditions sont toujours là aujourd'hui, il suffit pour s'en persuader de prendre connaissance des attendus du dernier conseil de l'Europe du 23 juin dernier. Là, se situe l'annonce immédiate du gel du point d'indice des fonctionnaires. A cela s'ajoute la poursuite du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, la disparition de 120 000 postes...Pas plus qu'hier, les politiques de déflations compétitives ne peuvent constituer l'avenir de la France.

Il faut néanmoins souhaiter que le Président Macron rencontre le succès. Car celui-ci sera celui de la France et c'est d'abord cela qui m'importe. Notre pays traverse des moments difficiles, il essaie de trouver les voies et moyens de tracer de nouvelles perspectives. Pour ces raisons je ne peux voter la confiance au Gouvernement mais je souhaite qu'il puisse faire la démonstration de son engagement et de sa volonté de réussir pour le Pays. En raison et avec responsabilité, je fais le choix de l'abstention.

Christian HUTIN

Député du Nord

Maire de Saint-Pol-sur-Mer