Claude NICOLET

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La contestation monte sur le littoral dunkerquois. Lentement mais sûrement. Un collectif de citoyens s'est organisé, a lancé une pétition pour réclamer l'organisation d'un référendum quant à l'implantation de ce gigantesque parc éolien à dix kilomètres au large de Dunkerque.

C'est vrai que les dimensions ont de quoi faire réfléchir jusqu'aux plus fervents défenseurs de l'énergie "verte". Il faut dire également que la pression est forte, même écrasante, "un impératif pour la planète, une opportunité pour notre avenir économique" martèle la communauté urbaine de Dunkerque.

Même celles et ceux qui s'y opposaient ou se posaient des questions il y a encore un peu moins d'un an, durent ravaler leurs oppositions et se rallier au projet comme ils se rallièrent à la nouvelle majorité. Le silence règne à défaut d'approbation. Bien des citoyens ont compris qu'il ne fallait pas compter sur l'immense majorité de leurs élus pour les défendre et porter leurs préoccupations. Ce décalage, il y a fort à parier qu'il ne devienne rapidement une fracture.

Il ne fait désormais plus très bon de se heurter au politiquement et à l'écologiquement correct à Dunkerque. Les ateliers divers, les fabriques d'initiatives locales, la concertation avec les citoyens, la prise en compte de leurs avis, la démocratie participative et directe...se sont soudainement évaporés comme neige au soleil. La démocratie a ses limites. Beaucoup le découvrent également.

Pourtant, quarante-six éoliennes de 300 mètres de haut pour une puissance installée annoncée de 600 Mg watt peut faire réfléchir. Imaginez, 46 tours Eiffel sur votre horizon...ça laisse songeur.

En quelques semaines, ils sont maintenant plus de 2200 à être signataires d'une pétition réclamant légitimement un référendum (Vent Debout 59 (google.com). Et plus ça va, plus les citoyens se renseignent, s'interrogent, se documentent...une véritable démarche d'apprentissage et de pédagogie. Une véritable démarche "politique" au sens où ils prennent en main ce qui leur semblent être à juste titre leur destin et l'avenir de ce territoire.

Et que découvre t-on ?

Que l'éolien n'est pas nécessairement la merveille annoncée qui produit « vert » et qui préserve l'environnement. Que le modèle politique qui le sous-tend se fait en grande partie sur la destruction du service public de l'énergie et le démantèlement d'EDF, que la commission européenne exige la fin du monopole de notre fournisseur historique pour que les entreprises privées et les investisseurs et autres fonds de pensions puissent enfin se tailler la part du lion sur le marché français considéré jusqu'à présent comme l'un des plus attractif et performant du monde. Que le coût de l'électricité produite par les renouvelables (surtout l'éolien et le solaire) n'est pas le meilleur marché, que sa production est intermittente et qu'elle doit être combinée au gaz ou au charbon (ce qui n'est pas bon du tout pour la planète soit dit en passant), que les questions de recyclages des matériaux n'est pas ce qu'il y a de mieux...

EDF et la volonté politique de l'État depuis la fin de la seconde guerre mondiale étaient parvenues à faire de la France l'une des grandes puissances énergétiques du monde. L'excellence de notre industrie pétrolière et gazière mais également nucléaire nous a assuré une place incomparable dans le concert des nations en nous appuyant sur des groupes mondiaux, Total, GDF, EDF, Alstom...

Notre indépendance énergétique était assurée. Source de souveraineté et de capacité à parler d'égal à égal et de peser de tout notre poids dans l'équilibre du monde.

Mais cet équilibre est rompu. Bruxelles ne veut plus en entendre parler et les puissances étrangères (en particulier les États-Unis d'Amérique et l'Allemagne) lorgnent sur nos champions où ce qu'il en reste pour mieux les dépecer afin de les faire disparaître à leur profit et à ceux de leurs propres intérêts industriels, économiques et financiers.

Le projet HERCULE va fractionner EDF en deux ou trois entités différentes, quant à Alstom on sait ce qu'il en est advenu. La mission d'EDF ne sera plus d'être au service de la nation mais de satisfaire le taux de rentabilité du capital et de renchérir la valeur de l'action.

Si on s'attarde maintenant sur les éoliennes, ces magnifiques et gigantesques machines nous rendrons t-elles les services qu'on nous annonce à grands renforts de propagande ?

Remplies de métaux rares que nous ne produisons pas, nous serons contraints de dépendre de puissances étrangères en termes de matières premières et de technologies. Alors que justement le programme nucléaire de la France avait pour but de nous affranchir de cette dépendance tout en offrant une électricité sûre et bon marché aux Français, voilà que c'est exactement l'inverse qu'on nous propose comme modèle. Au nom de la planète voilà qu'on se met dans les mains de puissances extérieures et du marché. D'autant plus rageant que le contribuable sera dans l'obligation de payer avec ses impôts une partie de cette escroquerie. On marche sur la tête ! On découvre également qu'en termes de matériaux, le nucléaire nécessite, selon ce que l'on considère (ciment, cuivre, acier, etc), jusqu'à une centaine de fois moins de quantités par kWh produit que le solaire et l'éolien.

Par ailleurs et si l'on en croit Guillaume Pitron (La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique) "la question de la souveraineté de nos approvisionnements, de notre indépendance minérale, du transfert de pollution vers des pays comme la Chine, qui extraient et raffinent les métaux selon des règles environnementales et sociales moins exigeantes qu’en Occident, n’ont pas été posées. Cette vision court-termiste s’oppose à la gestion de long terme de la Chine. La Chine va continuer à produire ces métaux rares pour elle-même, mais va également vendre une partie de ces technologies finies ; elle ne vend plus seulement le métal, elle vend également la technologie qui est conçue avec ce métal. Elle se voit en grande exploratrice non plus de métaux rares, mais de technologies vertes. Elle va nourrir de ce fait une grande industrie exportatrice de technologies vertes, ce qui va augmenter la puissance de son commerce international et aggraver le déséquilibre de la balance commerciale avec d’autres pays. L’hégémonie chinoise en matière de métaux rares, plutôt que de vaciller, risque donc de se doubler d’une nouvelle hégémonie fondée sur l’exportation de technologies."

A t-on déjà oublié à Dunkerque que juste à côté de nous Zeebrugge est désormais une étape incontournable des nouvelles "routes de la soie" ?


A t-on oublié la création d'HAROPA par la fusion des trois ports du Havre, de Rouen et de Paris qui vient de voir arriver à sa tête le directeur du Grand port maritime de Dunkerque? La création de ce gigantesque parc éolien au large risque de nous pénaliser plus que d'être un outil de développement.

Le tourisme dont on fait tant de cas depuis quelques années au nom de la transformation de notre image y trouvera t-il son compte? L'environnement certainement pas, toutes les études le démontrent. L'intérêt national en sera t-il renforcé? C'est tout le contraire. Quant au cadre de vie des citoyens, il n'est pas nécessaire d'en dire beaucoup plus.

Ce que je crains, c'est qu'une vision étriquée nous amène à sacrifier, essentiellement pour des raisons financières (les rentrées fiscales) l'avenir de notre littoral et de notre territoire. Confondre tactique et stratégie est une grave erreur et de tels enjeux, économiques, culturelles, sociaux, énergétiques, de souveraineté et d'intérêts nationaux, valent bien un débat et un référendum.

Claude NICOLET
Conseiller municipal de Dunkerque
Conseiller communauté urbaine de Dunkerque